Christine Albanel joue à Guitar Hero - Photo Nice Matin

Cette photo est bien entendu un exemple typique et l'illustration d'une lapallisade : les politiques sont réellement à la traine en matière de technologie, le récent débat sur Hadopi l'a bien entendu illustré.
La nouvelle couche sur ce sujet, parce bien entendu, que les jeux vidéos et Internet sont vus comme autant de bêtes noires avilissant l'humain (rôle initialement dévolu à la télévision et certaines chaînes en particulier, dont nous ne donnerons pas les noms), c'est la dernière sortie de notre secrétaire d'Etat à la famille. En effet, dans une interview à RMC, elle estimait que les jeunes pouvaient avoir trop facilement accès aux jeux les plus violents dans les magasins :

On voit beaucoup trop de jeunes avoir accès facilement aux rayons des jeux vidéos les plus violents, les plus dangereux, et qui ne sont pas de leur âge et passer sans aucune difficulté à une caisse

PEGI, le système jugé inefficace, normal, c'est de la recommandation!

Il n'en faut pas plus pour qu'à nouveau une idée de réglementation encore plus contraignante surgisse sous le casque de cheveux de Nadine. Il existe déjà une classification en cours d'adoption au niveau européen, la PEGI (Pan European Game Information), à ceci près qu'elle n'est pas coercitive. Elle classe les jeux par tranche d'âge (3, 7, 12, 16 et 18 ans) et par type de contenus à risque (peur, violence, sexe, langage grossier etc.). et ces pictogrammes sont aisément visibles sur la pochette :

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Difficile de ne pas les manquer. Pourtant selon une étude IPSOS, 21% des parents ont entendu parler de PEGI. Et c'est là dessus que se fonde Nadine Morano en jugeant PEGI trop peu visible,.quitte à bousiller les efforts de l'industrie du jeu vidéo, qui développe PEGI de son propre chef, en annonçant la réflexion sur un système alternatif développé par l'Etat.. Alors bien sur, ien n'empêche actuellement un mineur d'acheter un jeu classé PEGI 18. D'où les idées loufoques de certains de demander une carte d'identité à l'achat de ces-dits jeux ou de les mettre sous clé. Encore des idées révolutionnaires et réactionnaires traduisant la peur et la méconnaissance du sujet.

Le syndicat des éditeurs de jeux vidéos sort la hallebarde

Par la voix de Jean-Claude Larue, délégué général du Syndicat des éditeurs des éditeurs de logiciels de loisirs, c'est l'occasion de pousser un gros coup de gueule (que l'on peut écouter sur Teknologik.fr) contre cette peur irraisonnée et les déclarations à l'emporte pièce. Dans un discours que l'on qualifiera de particulièrement franc, Jean-Claude Larue dit à propos d'elle : Je suis partagé, parce qu'en même temps je l'aime bien, mais elle ne bosse pas. Elle ne veut pas réellement travailler le sujet puisqu'on n'arrive pas à la voir. Et de rappeler qu'instaurer une énième classification franco-française serait vraiment contre-productif, là où PEGI est taillé pour l'Europe :

PEGI est en vigueur dans 16 pays de l'Union européenne, l'Angleterre vient de l'adopter après six mois de consultation», rappelle-t-il. «On a lancé une nouvelle version plus claire, PEGI 2.0 cette année et elle vient dire que tout ça c'est nul ! D'accord, mais qu'on en discute ! On échange avec les associations familiales qui nous font des critiques qu'on prend en compte ou non, mais avec elle, rien, il n'y a aucun dialogue.»
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Il en profite pour la tacler au passage sur la fameuse photo de Paris Match où on la voit en compagnie de ses enfants jouer à GTA IV, encore un jeu violent et amoral où l'on peut déambuler fusil à pompe à la main, rouler à contre-sens et tuer des gens sans aucune difficulté, le tout pour les "avertir"... Ben voyons, quel gamin accepterait de jouer à un jeu puis de se le voir retirer par une aigrie de la vie?
Des réponses plus diplomates ont été publiées afin de se défendre contre cette attitude trop fréquente de l'Etat de vouloir légaliser sur les sujets de société.
La suite de tout cela? Probablement rien du tout comme à son habitude, Nadine Morano étant adepte des déclarations qui claquent sans aucune décision derrière, à l'instar du président de la République... On pourra enfin se reporter également à l'excellent blog Game in Society, publié par Olivier Mauco (lequel a fait des recherches doctorales portant sur les politiques publiques du jeu vidéo aux USA et Europe, et notamment la question de la régulation.), lequel vise à combattre les idées reçues sur les jeux vidéos (qui rendent asocial, violent, aveugles, sourds etc.)