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L'imaginarium du Dr Parnassus, c'est un film que je ne me destinais pas à voir au départ, peu d'informations ayant filtré jusqu'à sa sortie (je ne me rappelle même pas l'avoir vraiment remarqué lors des interminables sessions de bandes-annonces précédant la projection)... Que ce fut une grossière erreur de ne pas l'avoir vu! Voila, comme ça tout est dit, j'en suis ressorti tout simplement enchanté. Maintenant, développons un peu le propos

De la couleur, de l'absurde, de la vie dans ce monde froid

L'histoire de L'imaginarium du Dr Parnassus commence dans un Londres contemporain dans lequel déambule une troupe de saltimbanques complètement anachronique, proposant un tour où les spectateurs volontaires doivent passer à travers un miroir en papier argenté. Au delà, ils se retrouvent dans un univers composé par leur imagination, grâce au pouvoir du Dr Parnassus. Ce qui n'est pas sans risques, car le bon vieux docteur garde en lui un lourd secret. Mille ans plus tôt, il parie avec le Diable et gagne l'immortalité. Qu'il échange plus tard contre la jeunesse et l'amour. La seule condition, c'est que sa fille née grâce à cet échange devrait lui appartenir le jour de ses 16 ans. Et voila que quelques jours avant la date anniversaire, le Malin se rappelle à son bon souvenir sous la forme d'un dandy à la fine moustache, Mr Nick. Et avec un nouveau pari, une course contre la montre pour tenter de la sauver. Au fur et à mesure de cette course effrénée, l'imaginarium entraîne avec lui des personnages particulièrement hauts en couleur, dont un étranger, nommé Tony qui semble autant vouloir aider la troupe en peine que se protéger de quelque chose le menaçant...
Ecrit notamment par Terry Gillam (un des membres du célèbre groupe Monty Python), l'imaginarium mêle plusieurs influences, dont Alice au pays des Merveilles pour les univers chamarrés et limités uniquement à l'imagination de tout à chacun, Faust pour tous les dangereux paris avec le Diable et bien entendu la sauce absurde des Monty Pythons, période Flying Circus (sssssssss). Les transitions brutales de l'environnement de l'autre côté du miroir pourront faire penser aux déplacements dans les Ombres des personnages du cycle des Princes d'Ambre

Tournage difficile et acrobaties

Le plus gros écueil que la genèse du film a du traverser, c'est la disparition d'Heath Ledger (détenteur d'un Golden Globe pour sa performance dans Batman comme Joker complètement déchaîné), qui jouait le rôle de Tony alors qu'il restait trois semaines de tournage, principalement celles en studio pour les scènes de l'autre côté du miroir. Ce qui a permis par une certaine astuce d'introduire trois acteurs en remplacement, à savoir Johnny Depp, Jude Law et Colin Farell pour jouer le rôle de Tony à chaque fois qu'il traverse le miroir. En cela, L'imaginarium est un touchant hommage à l'acteur et les "doublures" s'intègrent remarquablement bien à l'image. La disparition d'Heath Ledger a imposé toutefois une certaine réécriture du scénario, mettant alors brutalement en porte-à-faux son personnage sur la fin du film. On notera aussi la prestation de Tom Waits en Diable particulièrement maniéré aux effets comiques ainsi que celle de Lily Cole, nouvelle actrice issue du mannequinat.
Visuellement parlant, le contraste entre les lieux mornes, glauques de Londres et de sa banlieue et l'imaginaire que chacun peut développer est particulièrement poignant, grâce aux mondes virtuels. On surprendra quelques images classiques, telles la montagne aux marches immenses et surtout une transposition en trois dimensions des animations en papier collé du Fliying Circus : jeux sur la perspective, déformation du rapport de taille entre personnes et objets, personnages dans le personnage (Yo Dawg!) etc. On trouvera des effets spéciaux qui n'avaient pas été vus depuis un petit moment (par exemple, dans le générique de Demain ne meurt jamais), tels les éclats de miroir reflétant des images dans tous les sens un peu à la façon d'un pavé des glaces complètement déréglé.
Il y a également une critique de la perte d'imagination de l'homme moderne, surtout dans la première partie du film, où par moquerie ou par inattention totale, des individus passent devant le théâtre chamarré sans un regard. Sans parler de la séquence dans un quartier chic avec toutes les riches bourgeoises n'accordant que de l'intérêt à la valeur des choses. Un avertissement peut être?

Pour ce côté conte de fées moderne, doublé d'un hommage à un excellent acteur, on ne peut qu'apprécier L'imaginarium du Dr Parnassus