Le petit monde de Damien

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vendredi 17 avril 2009

Hadopiiiii c'est finiiiiii!

peau-ours.jpg

Vous vous rappelez il y a quelques semaines de The Hadopi Song? Eh bien son auteur a récidivé, cette fois ci en reprenant l'air de Capri c'est fini pour chanter l'adoption sans difficultés majeures du projet de loi visant à protéger la Création sur Internet. Oui, sauf qu'entretemps nous avons eu le coup de théâtre et l'attaque au rideau qui ont fait que tout le discours de la vidéo suivante est hors sujet; car enregistrée en avance...
D'ailleurs, la même mésaventure a frappé le Point, qui avait publié et dans l'édition papier et sur son site internet les articles confirmant la nouvelle. Les contingences du bouclages me direz-vous, et ce qui confirme bien l'adage de ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Certains s'en mordent les doigts et ont eu les oreilles qui sifflent depuis (Ici, ou )


Hadopi, c'est fini from jcfrog on Vimeo.

vendredi 3 avril 2009

Hadopi votée : la honte a un nom

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Ne donnons pas dans le sensationnalisme, depuis le début nous le savions, le gouvernement et les rapporteurs du projet de loi Création et internet passeraient au forceps pour imposer leur projet de loi, somme toute avec peu de modifications par rapport à la version provenant du Sénat (votés sans grosse résistance non plus). Pour avoir suivi les débats le plus longtemps possible, j'aurais pu écrire ce billet hier soir, juste après le vote peu avant minuit, mais les circonstances ayant concouru à l'adoption de ce projet honni n'auraient fait que me faire écrire de la bile et des propos injurieux. Dans le contexte où la Loi de Confiance en l'Economie Numérique (LCEN) et la loi DADVSI s'appliquent, ça ne serait guère raisonnable. Tout comme les envies de distributions de mandales gratuites envers ceux qui imposent des lois sans même savoir un instant si celles-ci sont applicables, réalisables et acceptées par leurs électeurs.

Un sale goût dans la bouche au réveil

Parlons-en des électeurs. Concernant les débats, le gouvernement et les rapporteurs ont sous-entendu plusieurs fois que la majorité des gens étaient pour leur projet, permettons-nous d'en douter, puisqu'il s'agit avant tout d'un manque cruel d'informations. Combien de fois la télévision ou la radio en ont parlé? Quasiment pas. Pour être informé, il fallait surfer sur des sites d'actualité informatique tels que PCImpact, Numerama ou bien le site Ecrans.fr de Libération. La seule solution est à présent de faire tourner au mieux l'information à ses proches, les sensibiliser au problème et leur faire prendre conscience qu'on se moque éperdument d'eux, vu qu'ils reconduiront aux prochaines élections la même bande de branques. C'est donc avec tristesse que je prends conscience d'appartenir au pays le plus con de la planète, là où tous les autres Etats ayant conduit un projet similaire se sont arrêtés à temps, notamment l'Angleterre et la Nouvelle Zélande. Toutefois, ce projet de loi aura eu des effets de bord notables, avec une fréquentation du site de l'Assemblée Nationale en très forte hausse (jusqu'à 3 500 visiteurs connectés pour suivre les débats en ligne). Même dans les tribunes du public à des heures indues (le créneau 21h30-2h du matin au plus tard) était rempli par des internautes qui y ont vu l'occasion de suivre en vrai les joutes oratoires de l'Hémicycle.Malheureusement, quand on sait qu'un projet de loi aussi important est adopté par 16 députés seulement, on est en droit de se poser des questions. L'explication apportée est que si un grand nombre de députés de l'opposition étaient entrés pour faire passer un amendement salvateur, aussitôt ceux de la majorité seraient entrés pour faire opposition. Au final l'équilibre n'aurait pas été modifié. C'est dur à avaler, mais il fallait mieux réfléchir en 2007, tout simplement.

Un semi-remorque avec un moteur de 2CV et des roues de poussette, voila Hadopi

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Alors c'est à présent qu'il est temps de rire un peu, quand on a des connaissances techniques sur le sujet. Rappelons le principe : Hadopi est une haute autorité en charge de surveiller les connexions des internautes français et d'envoyer au titulaire de la ligne deux courriels d'avertissement, puis un courrier recommandé si jamais son point d'accès est pris en train de télécharger sur des réseaux Peer to Peer. Ensuite, la ligne peut être suspendue pour une durée d'un mois à un an. Ca c'est pour le principe général, mais Hadopi a des missions supplémentaires : un principe de labellisation et de surréférencement des offres dites légales et la possibilité de recourir au filtrage via la décision d'un juge. Mais le plus drôle est à venir : Dans ses chiffrages, Hadopi prévoit d'envoyer 10 000 mails, 3 000 recommandés et opérer la suspension de 1 000 lignes par jour. Ne serait-ce que pour les mails, il y a de quoi se faire black-lister pour spamming. Argument décrit dans les débats : avec des chiffres pareil, il faudra aux membres de cette haute autorité statuant sur le sort des internautes, prendre une décision toutes les 25 secondes pour tenir les objectifs. Et bien entendu, les droits de la défense n'existeront pas, ou bien à posteriori, car l'internaute n'aurait jamais le temps en 25 secondes de présenter des éléments lui permettant de se disculper. Sans compter toutes les missions autour, notamment la labellisation des offres légales, qui nécessite un travail de veille et de mise à jour régulières. Surtout avec seulement sept personnes pour la faire fonctionner! Mais ce n'est pas le seul écueil technique.
Dans son principe, l'Hadopi sanctionne le titulaire d'une ligne sans réellement savoir si c'est bien l'un des ordinateurs du titulaire qui a commis le téléchargement. La technologie Wifi étant ce qu'elle est (et plus particulièrement ses algorithmes de sécurisation), il est tout à fait possible de se connecter en milieu urbain sur le point d'accès du voisin pour télécharger à son insu. Pour nous c'est pas grave, pour lui ça le sera. Et comme la majorité des box sont en standard en crypage WEP, aussi efficace qu'une passoire pour retenir l'eau et que la plupart du grand public n'y connait pas grand chose en matière de sécurisation de son accès à Internet, il y aura matière à rigoler. D'ailleurs pour contrer cela, les têtes pensantes (on se demande si ça fonctionnait bien là haut) veulent tout simplement pour dédouaner les utilisateurs innocents qu'ils installent une sorte de mouchard qui certifiera que leur ordinateur n'a pas servi à télécharger le dernier album du Carla Bruni. Outre le fait qu'il représente une atteinte à la protection de la vie privée, aucune indication de sa compatibilité avec les systèmes et les logiciels libres n'a été précisée (au passage, les acteurs français du libre déplorent ce projet, qui ne présente pas la France sous son meilleur aspect en termes d'innovation). Il a même été question hier que ce système de protection prenne la forme d'une puce sur la carte mère de l'ordinateur. A ce moment ils ont vraiment de l'espoir, car croyez-vous qu'un pays comme la France va réussir à faire que les fabricants des dites cartes-mères modifient leurs produits pour insérer une puce dont on ne connait même pas les spécifications fonctionnelles et encore moins techniques (sans parler des risques de conflit avec les autres matériels) rien que pour la France? Allons, allons réveillons-nous!
La faisabilité technique d'hadopi n'est pas garantie non plus. La suspension de l'accès Internet dans l'état actuel des infrastructures ferait que l'accès à la télévision et au téléphone serait coupé, dans le cas des offres en dégroupage total. Les fournisseurs d'accès ayant précisé qu'il fallait faire d'importantes modifications sur leur réseau, celles-ci ne seraient pas disponibles avant 18 mois à deux ans. Ce qui fait que même si le projet était appliqué dès à présent, il ne pourrait rien se passer avant deux ans.
De grosses réserves quand à la protection de la vie privée ont été soulevées. La Cnil n'aura pas voix au chapitre, des contingences de fichage des internautes ont été soulevées (conservation des données entre les différents avertissements) etc. Sale temps pour la liberté et les droits de l'Homme en France.

Le spectacle du n'importe quoi

infonuls.gif

Je ne vais pas faire le démontage complet de toutes les approximations techniques développées durant les débats. Il s'agissait d'un projet dont la dimension technique a prédominé. Les députés de l'opposition ont inlassablement demandé des réponses précises quand à des cas concrets si l'Hadopi était en fonctionnement. De la part de la Ministre de la (in)Culture et du rapporteur, il n'y a eu que des réponses floues ou des façons de non recevoir. Et devant les milliers d'internautes, qui par définition sont certainement bien plus au courant de la pratique de l'informatique que peuvent l'être Christine Albanel, Franck Riester ou bien Frédéric Lefebvre, lesquels ont brillé par leur incompétence et leur absence de connaissances sur l'informatique. Si au moins le sujet n'était pas si grave, on s'en serait un peu moqués. Mais nous avons eu le droit à un festival de perles les unes plus grosses que les autres. Florilège :

Christine Albanel :
  • « À l’occasion d’une expérience réalisée sur eDonkey, qui est un protocole pirate, on s’est aperçu que 40 % des titres de films pour les enfants étaient des films pornographiques. Les enfants qui tapent Winnie l’ourson, ont 40 % de risques de tomber sur des films pornographiques. » On sent le vécu
  • « Lorsque l’on achète un pack Microsoft avec Word, Excel, Powerpoint, qui ne sont pas des logiciels libres, il existe des pare-feux, des logiciels de sécurisation ; mais les logiciels libres peuvent aussi être assortis de pare-feux. Ainsi, au ministère de la culture, nous utilisons le logiciel libre Open Office, et un logiciel de sécurisation l’accompagne. Les éditeurs de logiciels libres fournissent les pare-feux, et même des pare-feux gratuits. Cet argument est donc dépourvu de fondement. » Celle-ci mériterait un PEBKAC d'or! A voir en direct
  • « Internet provoque tout à coup une sorte de tétanie (...) Il n’est pas inutile de rappeler que le système prévu a été élaboré de façon interprofessionnelle avec les fournisseurs d’accès à Internet pour essayer de défendre les droits des auteurs. On dirait qu’on veut absolument empêcher son adoption, en multipliant les obstacles les plus extraordinaires et les exigences les plus inouïes. » Peut être commencer par réfléchir quelques instants à la faisabilité d'un projet?
  • « Je vous assure que les artistes et créateurs qui soutiennent la loi sont bien plus faciles à trouver que ceux qui la combattent ! Des personnalités comme Juliette, Bertrand Tavernier, Costa-Gavras, Françoise Hardy, Thomas Dutronc, Sanseverino, Calogero la soutiennent… Ils sont des milliers à se manifester sans cesse ! Nous sommes puissamment soutenus par le milieu de la création, ainsi que par Jack Lang, qui en est très proche. » Belle représentativité, et belle liste des artistes à qui ne plus acheter de CD ou aller voir en concert.

La liste n'est pas exhaustive, mais représentative de l'inculture complète de notre ministre en matière d'informatique. Mais contre cette bande de bourriques entêtées, nous avons pu avoir le plaisir d'entendre cinq députés qui ont su mettre au jour l'ensemble des problèmes, des incohérences et des absurdités de ce projet de loi bancal et qui, nous le savons déjà est voué à l'échec, comme l'a été son prédécesseur DADVSI. Ces députés de gauche, Martine Billard, Jean-Pierre Brard, Patrick Bloche, Christian Paul et à droite Lionel Tardy ont défendu contre vents et marées leur opposition au texte. D'ailleurs les messages de remerciements et de félicitation affluent sur leurs blogs (ex : Lionel Tardy) et leurs boites mail. Malheureusement, la majorité des députés UMP ont suivi passivement (on se demande même s'ils y comprenaient quelque chose) et suivi comme des moutons afin que Christine ait son projet voté, comme une gamine trépigne avant d'avoir enfin nouveau jouet des mains de ses parents. Cette manie particulièrement agaçante en France que tout ministre en fonction cherche absolument à laisser une trace (ici c'est un étron sur du marbre) les dessert en termes de crédibilité. Par leur peur panique d'Internet, réseau ô combien de fois plus rapide et incontrôlable que la télévision, la radio ou les journaux, le pouvoir en place démontre encore plus clairement sa volonté de contrôler tout ce qui se passe sur son territoire. Mais de la manière dont c'est parti, ça ne fera pas un mètre avant de planter : Sept personnes ne pourront jamais faire toutes les missions qui leur seront proposées, la question des coûts a été purement et simplement éludée et la majorité des internautes disposant de compétences sait déjà comment contourner l'obèse autorité. Sans parler des recours devant le Conseil Constitutionnel, qu'on espèrera sensible aux éléments de menace sur les libertés fondamentales des citoyens (notamment le fait qu'une haute autorité bypasse la justice régulière) ainsi que sur les atteintes multiples à la vie privée portés par ce projet. Il reste aussi le parlement Européen en espérant que l'amendement Bono sera voté, la Cour Européenne des Droits de l'Homme et en dernier recours, les élections. Mais pour ces dernières, il faudra expliquer dans quel merdier nous allons nous retrouver projetés.
Et pour conclure sur une petite note joyeuse, Jean Pierre Brad, député Gauche démocrate et républicaine a pu se faire une popularité nouvelle auprès des Internautes par des interventions pleines de réparties. Des best-of circulent déjà sur DailyMotion et on trouve déjà une page Facebook dédiée!

vendredi 20 mars 2009

Le futur parti totalitaire : l'UMP

Dictator.jpg

Ca n'est pas une nouveauté, et c'est particulièrement sensible dans le cas du projet de loi sur Hadopi : l'UMP, dans sa quête quasi religieuse pour imposer son projet de loi bancal, liberticide et totalement inégalitaire (on en a déjà parlé ici, et ) ne recule devant rien, même l'interdiction du débat dans ses propres rangs. Nous l'avions déjà vu avec Muriel Marland-Militello et son blog (laquelle à la suite de l'assaut de visiteurs a préféré ne pas laisser les commentaires s'afficher, tout en se déclarant ouverte au dialogue), mais c'est encore plus net avec l'exemple d'aujourd'hui. Un message aux cerveaux de ce parti de dingues : si vous ne comprenez pas le sens des mots "démocratie" et "débat", merci de consulter de manière urgente leur définition sur tout bon dictionnaire de la langue française ; par ailleurs, si l'afflux de commentaires vous terrorise parce qu'il vous met face à vos contradictions et vos erreurs que vous ne voulez pas entendre, arrêtez de vous intéresser à la technologie, arrêtez les sites soit-disant collaboratifs au sein de votre parti, refaites des beaux sites en HTML fixe où la Bonne Parole vient d'en Haut et que votre masse d'adhérents n'aura qu'à diffusée tels les Témoins de Jéovah.

Tout cela pour vous relater le dernier exemple en date : le site des jeunes de l'UMP proposait jusqu'à il y a peu un billet critique et s'interrogeant sur les effets de bord du projet de loi Hadopi, ainsi qu'un certain nombre de commentaires pertinents. Grâce à PC-Inpact (décidément, ils ont l'oeil), nous savons que les dirigeants de l'UMP n'hésitent pas à réécrire des articles complets pour être sarko-compatible... Exemples :

« On se demande aussi ce qu’il en serait si les majors s’étaient occupés du problème dès le développement du premier grand site de piratage, Napster, qui aurait fêté ses dix ans dans quelques mois. Qu’en serait-il si elles avaient remis à plat leur modèle économique, proposé des formules innovantes, par exemple sous la forme d’abonnement, conclus des accords avec des opérateurs de téléphonie mobiles ou des fournisseurs d’accès à internet pour proposer de télécharger une quantité, limitée ou illimitée, de musique en échange d’un supplément raisonnable sur la facture téléphonique. »

Aaah! Mon Dieu! un révolutionnaire! sur mon site a du se dire un administrateur du site. Ca n'est pas sérieux, vite réécrivons tout ça! Et comme par magie, pour une fois qu'on trouvait un article sensé sur un site internet de droite, voila qu'il disparait. Et à la place on trouve ça ;

Le projet de loi création ou internet, plus connu sous le nom de loi HADOPI, a pour objectif de régler la question du téléchargement illégal. Défendu par Christine Albanel, ministre de la Culture, il est actuellement discuté à l'Assemblée Nationale . Ce projet est issu de la large consultation menée sous la houlette de l’ancien PDG de la Fnac Denis Olivennes » [...] « Le projet pour objectif de mettre un terme au pillage des œuvres culturelles sur internet. C’est une réalité, le piratage économique a un coût. A titre d’exemple, entre 2002 et 2007, le chiffre d’affaire du marché de la musique a été divisé par deux. D’après certaines estimations, 12 000 emplois supplémentaires, qui seraient directement à imputer au téléchargement illégal, pourraient disparaître à l’échelle 2012 dans le domaine de la culture »

C'est beau hein? De la belle langue de bois avec plein d'échardes piquantes. On aurait pu croire que personne ne l'aurait vu et que l'article initial serait perdu dans les limbes du réseau... Mais pas pour longtemps, car les accros au Google Cache et autres Wayback Machine ont sévi et c'est ainsi que PCInpact est en mesure de proposer l'article original ainsi que des commentaires qui vont dans le même sens. Un devoir de mémoire qui s'ajoute à la liste de plus en plus longue des bourdes d'un parti qui ne sait vraiment pas comment communiquer sur la Toile. A l'heure où j'écris ces lignes, le site des jeunes pops subit le même sort que le blog de Muriel Marland Militelllo : un afflux de visiteurs incontrôlés et par conséquent une surcharge de serveurs.

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mardi 17 mars 2009

Epic fail in communication*

jaimelesartistes.png

* Echec critique en communication. Pour présenter son projet visant à lutter contre le téléchargement sur Internet, le gouvernement a fait appel à une société de communication pour monter un site aux tendances propagandistes, J'aimelesartistes.fr. Pendant réactualisé de lestéléchargements.com du temps de la loi DADVSI, lequel repose à présent au cimetière des sites morts et enterrés (pour preuve, seule Wayback-Machine permet de s'y rendre. A l'époque, ce site avait été critiqué pour son manque total de réflexion sur le sujet : noms de domaines concurrents non réservés (et que des plaisantins ont acheté pour faire passer le message inverse, soirée de lancement complètement foirée etc. Sans parler des domaines inverses, jaimelesinternautes.com déposé par Numérama et jaimepaslesartistes.com La semaine dernière sur PC-Inpact, un communiquant du Ministère de la Culture déclarait en bombant le torse :

« Ça sert à quoi d’ouvrir un site uniquement pour être un punching-ball à tous ceux qui n’acceptent pas qu’on puisse débattre ? Donc on a fait un site d’information plutôt que de débats parce que le débat n’est pas possible avec un certain nombre de représentants autoproclamés, et adversaires de la loi. Là le site a été attaqué quatre fois la nuit dernière, toutes les vidéos ont été ouvertes en même temps pour faire exploser le serveur. Mais ils peuvent toujours attaquer, le site est super blindé. »

Fallait pas chercher non plus!


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Evidemment, vous connaissez les internautes, ils sont malicieux et joueurs. Par ce type de phrase, c'est un appel au défi qui a été lancé, comme un torero agite un chiffon rouge devant un taureau passablement énervé. Et bien entendu, le lendemain de cette petite phrase, que se passe-t-il? jaimelesartistes.fr a cessé de répondre. Ben tiens, si on ne l'a pas vue venir celle là. Une petite attaque en Ddos (Distributed Denial of Service ou attaque par déni de service distribué) de derrière les fagots et un hébergeur qui jette l'éponge, et hop, à la rue le site de propagande! Problème tel que l'analyse Numerama, c'est une victoire à la Pyrrhus, du fait que le Ministère et sa fidèle garde peut à présent se gargariser sur le fait qu'il y a des terroristes sur Internet... achmed.jpgSILENCE! I KILL YOU! comme dirait Achmed, un certain terroriste squelettique.
Réaction un peu plus tard sur le blog de la députée Muriel Marland-Militello, députée UMP et rapporteuse du projet de loi, laquelle dénonce le cyberterrorisme sur Internet :

Ces actes liberticides sont proprement inadmissibles. Ils bafouent le droit pour les citoyens d’être informés sur les projets gouvernementaux. Ils bafouent la liberté d’expression. Vu la gravité de ces actes, je souhaite que les auteurs de ces faits soient rapidement identifiés, poursuivis et sévèrement punis. Dans une démocratie, il est sain que chacun puisse exprimer son opinion mais priver de parole un ministère par des actes délictueux est une atteinte grave à la démocratie...

Au même titre que Nadine Morano exige dans un accès de rage les adresses ip et les coordonnées de commentateurs l'ayant injuriée (c'est pas finot à la base, même si le personnage mérite la critique), notre députée souhaite punir les vilains qui ont mis par terre leur si précieux site. Bien entendu c'est normal, ce type d'actions est théoriquement puni de trois ans d'emprisonnement et 45 k€ d'amende. Encore faut-il pouvoir le prouver, et dès à présent, nous avons une jurisprudence pour laquelle l'adresse IP ne suffit pas.
Plus trivialement, la publication de ce billet sur son blog a été relayée par Numérama et PC-Inpact, occasionnant un fort trafic le rendant temporairement accessible. Une Dos involontaire donc. L'afflux de commentaires soumis à modération est également intéressant à voir : Madame la députée aura-t-elle le courage de valider l'ensemble des commentaires à son billet? La conception du blog étant tournée vers l'usager, cela traduirait sur le plan de la communication par un refus complet du dialogue. Faisons un test : j'ai posté ce commentaire sur son blog, nous verrons s'il est publié ou non :

Bonjour, Atteinte à la démocratie? Permettez moi de rire, quand on voit la teneur totalement démocratique que prend votre projet de loi instaurant Hadopi, ah oui (atteinte à la présomption d’innocence, atteinte à la protection de la vie privée pour ne citer qu’elles)!
Sans évoquer le fait que sur le plan de la communication, clamer à tout va que “le site a été attaqué quatre fois (la nuit de mercredi à jeudi), toutes les vidéos ont été ouvertes en même temps pour faire exploser le serveur. Mais ils peuvent toujours attaquer, le site est super blindé” (Cf PcInpact) relève soit de l’agitation du chiffon rouge devant un taureau soit de la méconnaissance la plus pure du potentiel de certains internautes. Il ne faut pas oublier que certains sont très joueurs et manipulent beaucoup mieux un ordinateur et ses capacités que certains d’entre vous (je pense notamment au site de Monsieur Lefebvre lequel permet un accès aux fichiers de son site sans difficultés).

Par ailleurs le site jaimelesartistes.fr posait un réel problème : sa communication n’était qu’à un seul sens (quand elle n’était pas biaisée dès le départ faisant dire à des artistes ce qu’ils n’ont pas dit). Quid de l’avis populaire, ceux qui vous ont élu ont le droit de notifier leur accord ou leur désaccord sur ce projet?

Par ailleurs, votre utopie (il n’y a pas d’autre mot pour le décrire) de vouloir “civiliser” (grand mot cela étant) Internet, vous oubliez un détail : il n’existe pas le même principe des frontières physiques au milieu desquelles s’appliquent les lois d’un pays. Par ailleurs (et si vous y parvenez, pour ça je vous souhaite bon courage), imposer une “civilisation” de l’Internet français revient à mettre en place un filtrage des réseaux que seules des autocraties ont osé mettre en place, tel ce qui se passe en Chine (et qui se contourne malgré tout). Est-ce là ce que vous voulez mettre en place en France?
Pour un parti se disant libéral, je vous trouve particulièrement conservateur…

Au sujet du problème épineux du modèle économique actuel, j’aimerais vous citer la théorie de Charles Darwin :

“Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s’ensuit que tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle.”

Cet argument décrit particulièrement le combat d’arrière garde que vous poursuivez actuellement. Les lois de l’évolution dans le monde de l’informatique et à fortiori sur Internet s’appliquent complètement : vous vous adaptez ou vous disparaissez. Le modèle économique de l’industrie de la culture est dans ce cas précis et au lieu d’évoluer en toute intelligence avec les nouvelles habitudes de consommation, il s’est crispé sur des acquis matériels alors que toute l’informatique actuelle tend vers la dématérialisation. En cela, les concepts de Licence Globale votée et retirée en catastrophe lors du vote de la loi DADVSI et la Contribution Créative que vous avez balayé d’un revers de la main sans considération ni réflexion préalable étaient des portes de sorties au problème du téléchargement. Au contraire, vous incarnez vous et votre majorité une arrière garde dépassée par les événements.

Je conviens que l’ensemble de ce commentaire entrera puis sortira immédiatement de votre esprit, puisque vous et vos collègues poursuivez un combat noble et désespéré, le même que celui de Don Quichotte, celui de se battre contre des moulins à vent.

Cordialement.

Toujours à la masse à droite

Par ailleurs, PC-Inpact, encore lui, avait pointé la présence d'images sous licence Creative Commons, lesquelles ont curieusement disparu peu après. Il faut dire que la mention légale précise que L’ensemble du contenu de ce site est la propriété intellectuelle de Muriel Marland-Militello. Aucune reproduction, même partielle, n’est autorisée sans son accord préalable... Oups.
Conclusion, à l'UMP on a un respect à bras le corps de la propriété intellectuelle (notamment avec l'épisode MGMT), même en CC

mercredi 11 mars 2009

Hadopi, le festival du n'importe quoi

Christine Albanel joue à Guitar Hero - Photo Nice Matin

L'examen de lu projet de loi Hadopi est sur le point de commencer, et déjà on pourrait se demander, à l'instar du procès foireux des acteurs de l'industrie culturelle intenté au tracker BitTorrent The Pirate Bay comment un projet aussi bancal puisse voir le jour. Entre une ministre complètement à la ramasse et des lobbies dont on se demande s'il n'y a pas du saupoudrage dans les bureaux dorés de la rue de Valois, qu'est-ce qui pourrait en ressortir de constructif? En un seul mot, rien.

Hadopi, un prétexte à un modèle économique sclérosé

Aujourd'hui est parue un rapport complet publié par l'UFC que Choisir. Bien que par moment cet organisme mette autant les pieds dans le plat en ce qui concerne la technologie, ils ont fait les choses en grand, en publiant une synthèse d'une trentaine de pages dont une partie réalisée sous contrôle d'huissier : la mise en pratique de l'ip spoofing ou usurpation d'adresse ip, mettant à mal le principal élément d'identification pour déclencher le feu répressif contre un internaute qui téléchargerait.
La synthèse est une charge complète contre l'argumentaire à sens unique du Ministère et des maisons de disques. Chiffres à l'appui, on constate :

  1. Les sommes perçues entre 2000 et 2007 par la SACEM vont croissant
  2. Si la vente de supports est certes en baisse, elle se voit compensée par les spectacles et les sonorisations d'évènements
  3. Si l'on se focalise uniquement sur le chiffres d'affaires, certes celui-ci a diminué. Mais ce n'est pas le cas du résultat net : conclusion, la musique coûte aujourd'hui moins cher à produire
  4. Les dépenses des ménages en produits culturels n'ont jamais été aussi hautes
Par ailleurs, le rapport pointe le demi-échec des offres dites légales enfermant leurs utilisateurs dans des choix fermés et non interopérables, DRM oblige. La conclusion de la première partie du rapport, laquelle pointe le fait que contrairement aux discours dignes d'un bon Caliméro, les maisons de disques ne sont pas condamnées à la disparition. Aussi le conseil de l'UFC pourrait se traduire vulgairement par Allez les Majors, sortez vous les doigts du cul!

Hadopi, une usine à gaz complètement obsolète dès son déballage

C'est le principal argument. A l'image d'un ordinateur neuf qui perd déjà de sa valeur à peine sorti du carton et de ses plastiques protecteurs, le projet de loi Hadopi est l'exemple même du produit périmé avant usage. Non seulement il n'est pas déjà très ragoûtant, mais il sent la mort à des kilomètres à la ronde. L'UFC pointe de nombreux griefs liés à ce projet :

  1. Non respect de la présomption d'innocence
  2. Non respect des engagements en termes de respect de la vie privée et de l'identité numérique
  3. Un projet qui ne montre qu'un aspect répressif, et ne proposant pas d'alternatives crédibles au téléchargement illégal
  4. Un projet qui se retrouve à contre courant des orientations de l'Europe
  5. Irréaliste techniquement
  6. Le fait que l'adresse IP n'est pas un élément assez fiable pour identifier un internaute

Offrez "L'ordinateur pour les Nuls" à Christine Albanel!

Non contente de porter à bout de bras un projet bancal, attaqué de toutes parts par des associations, des citoyens, des artistes et des hommes politiques appartenant à la majorité, Madame Albanel manifeste son ignorance la plus crasse en ce qui concerne la technologie de communication sur Internet. Avant de vouloir légiférer peut être serait-il bon de commencer par maîtriser son sujet? Car à l'instar de Frédéric Lefebvre (déjà dézingué céans), cette dernière mélange tout et se permet (c'est le métier de ministre semble-t'il de raconter n'importe quoi. Dernier épisode en date : la charge contre la Quadrature du Net, association cerbère de toute atteinte aux droits des citoyens sur Internet : Qualifiés de cinq gus dans un garage selon une dépêche AFP (rapidement corrigée par la suite), le ministère a trouvé le moyen de leur mettre sur le dos la quantité somme toute très importante de courriels envoyés par des citoyens aux députés; leur demandant de bien faire attention à ce qu'il pourrait se passer dans l'Hémicycle. Non seulement son cabinet n'a pas semblé se rendre compte que tous les citoyens connectés à Internet sont capables de rédiger un courriel (ou au pire d'adresser un courriel type), mais également de les accuser de fabriquer de fausses IP pour diffuser eux-mêmes tous leurs messages de remontrances! :

"la Quadrature du Net prétend porter la voix de centaines de milliers d’internautes mais nous savons qu’ils ne sont pas représentatifs (...) Il s’agit juste d’un groupe de pression qui s’est emparé de cette cause de manière illégitime et qui fabrique des adresses IP pour envoyer des mails !".

Face à une telle bande de bras cassés, on ne peut être atterrés que par les menaces que ce genre de personnes peut faire courir sur les libertés individuelles.

Le meilleur pour la fin

Il se trouve dans un annexe du rapport de l'UFC : le fait que l'adresse IP soit purement et simplement subtilisable pour qui exécute simplement quelques commandes avec un live CD Linux. Tout le processus est constaté par un huissier et relativement facile à reproduire. Evidemment Mr et Mme Toutlemonde ne seront pas intéressés, mais cette faiblesse structurelle du projet fait que le monstre législatif totalement inutile et inefficace doit être arrêté avant d'être mis en liberté.

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